L’aban(don)

Quatre artisteries commandées. Je vais les envoyer aux futurs collectionneurs après le confinement. Il est important d’expliquer la démarche que je poursuis depuis 25 ans.

Tout commence avec ma première connexion internet en 1995. Mon idée était simple. J’allais monter ma galerie en ligne pour vendre mes travaux photographiques. Je m’initie au code HTML, j’apprends à créer un site et à la mettre en ligne. A moi la carrière internationale ! J’ai vite déchanté en regardant les conditions d’hébergement de mon fournisseur d’accès – Infonie. Interdiction d’avoir des activités commerciales.

Instant nostalgie avec ce logo.

Je suis totalement ignorant en hébergement et trop pressé de montrer mes œuvres sur internet. Je décide de les exposer et de les donner gratuitement via le réseau.
Peu de français sont connectés, j’ai l’impression d’être un explorateur, j’apprends les us et coutumes de la toile ( la netiquette ) , je partage sur mon site, sur les groupes de discussions ( pas de réseaux sociaux à l’époque) et je propose gratuitement mes œuvres. Ça fonctionne, surtout avec les américains. J’envoie des colis aux USA, en Italie, Russie…Le concept de gratuité me convient parfaitement. Je ne dépends de personne, je surprends par la démarche et je fais plaisir en partageant de l’art accessible à tous. Je tiens un truc !!

En développant peu à peu ce concept, je finis par me rendre compte que cela remet en question pas mal de préjugés. Souvent , quand un artiste fait n’importe quoi, l’angle d’attaque pour le critiquer est la valeur de son oeuvre. Le cliché ” regardez cette merde, cela vaut 10 000 euros”
En faisant de l’art gratuit, Je peux donc faire n’importe quoi. On ne peut que critiquer mon oeuvre. et non sa valeur commerciale. D’où mon slogan :

l’art c’est n’importe quoi et c’est tant mieux

J’ai poussé le concept plus loin en déléguant la création d’oeuvres ( voir ici) ou en payant l’acquéreur pour qu’il prenne une peinture (voir ici)


Pendant une courte période, j’ai eu un excès de mégalomanie. Concept original, des artisteries éparpillées dans le monde entier. Heureusement je me suis vite calmé. En farfouillant dans les livres, j’ai vite réalisé que la gratuité en art, cette indépendance n’est pas une idée nouvelle, mieux un grand artiste y avait pensé bien avant moi. Il s’agit d’Henri Matisse.

Un journaliste a interrogé le peintre sur des conseils pour de jeunes artistes.

 Si j’étais un jeune peintre,je prendrais un métier comportant un salaire et ainsi je serais indépendant et pourrais peindre en toute liberté. Mon art n’en souffrirait pas. Si je faisais de la mauvaise peinture, si je décorais des biscuits de Noël, là oui, mon art en souffrirait, mais employé de banque ou charger les trains de marchandise ferait au contraire très bien l’affaire.

Henri Matisse – Ecrits et Propos sur l’Art- Collection Savoir- Ed. Hermann

Donc, depuis maintenant 25 ans, je suis ce principe d’Henri Matisse. Je peins, je fais de la photographie…etc.. Seule différence avec le grand peintre, mes œuvres ne sont pas importantes. C’est le geste qui compte, l’aban(don) de la peinture, du carnet ou du dessin. Ce court instant où l’acquéreur réalise qu’il va recevoir un travail artistique sans débourser un seul euro. Ce week-end, j’ai vécu quatre fois ce moment d’art simple. Un geste gratuit qui dénote avec le marché de l’art et ses dérives. S’il faut retenir un truc à ma démarche artistique, c’est aussi prouver que l’art n’est pas le marché de l’art. Et inversement.

Free art = free artist

Peindre la lumière

Monsieur Athanaze guidait avec fermeté sa classe d’élèves du CM2 dans les galeries du musée du Louvre. Peu de temps à perdre, les enfants regardaient les toiles comme on feuillette rapidement un livre d’histoire de l’art. Seul instant de pause, la salle Mollien abritant les peintures françaises du 19ème siècle, sans doute la période préférée de l’instituteur.
Quelques copistes étaient disséminés devant les toiles d’Eugène Delacroix ou Théodore Géricault. L’un des élèves avait remarqué qu’un des copistes ne reproduisait pas fidèlement la toile mais étalait ça et là des taches de couleurs. On reconnaissait vaguement la peinture plagiée. Bravant sa timidité, il s’approcha de l’artiste et posa la question :

– Vous peignez quoi ?

– Je peins la lumière du tableau.

J’étais ce jeune élève. Depuis la visite de ce musée, j’ai toujours la même curiosité artistique.

La naissance de Bobig

Avant 1990, je m’appelais Eric Marie. J’habitais encore dans le quartier de la Boissière , à Noisy le sec.  Avec mon appareil photo acheté grâce à un job d’été, je bidouillais des images avec de la peinture. Je les faisais ensuite développer en poster 50 x 70 cm.
Le resultat flattait l’œil. Avec le recul, cela ressemblait à du pauvre Andy Warhol mais à cette époque, je me considérais comme le nouveau Picasso. Je continuais donc sur cette voie, pensant révolutionner l’art contemporain.

En 1990, après un échec en histoire de l’art, je me retrouve embarqué au service militaire. Direction l’Allemagne. je ne vais pas trop insister en faisant le vieux vétéran mais l’armée a été très formatrice pour moi. J’ai appris à me bourrer la gueule à vitesse grand V et j’ai pu avoir la confirmation que les militaires étaient des cons.

Le seul point positif : la naissance de Bobig. Un surnom artistique m’a toujours manqué. Sans doute, l’influence des tagueurs que je fréquentais pendant les années lycée.
Je partais rarement en permission car j’ai très vite été dans le collimateur de la hiérarchie. Un vendredi, je peux enfin faire mon sac et prendre le train direction Paris. Au bout d’une heure de trajet, le train ralentit sans explication et stoppe dans la gare de Neustadt-Böbig

Mon année de langue allemande ne me sert à rien. J’ignore quand le train va repartir. Avec mes camarades, je commence à délirer sur le mot “Böbig”. je hurle le nom de cette station dans les compartiments. Bref je fais le con.

Pendant mon week-end, j’ai sorti crayon et stylo pour créer un personnage de bande dessinée : Le capitaine Böbig. 

En revenant dans la caserne, j’ai partagé les aventures de ce militaire bas du front. Le succès était tel que les lecteurs ont fini par m’appeler comme mon personnage.
Au bout de quelques mois, j’ai été viré à cause de mon comportement. On m’a fait partir comme un malpropre dans une caserne disciplinaire. J’ai encore le souvenir d’entendre le nom de Böbig hurlé de la part de mon petit fan club, attristé par mon départ. C’était décidé, je signerai mes artisteries avec Böbig.
Au fur et à mesure des années, les deux points au-dessus de la voyelle O ont disparu. De nombreuses artisteries sont signés de ce sobriquet.

Cela fait maintenant 30 ans que j’utilise ce surnom. Le temps passe à une vitesse folle

Portrait-nouille

Ma rencontre avec l’art date de l’école maternelle. Quelques semaines avant la fête des mères. L’institutrice avait donné des instructions très précises : composer le portrait de ma mère à l’aide de nouilles. Aujourd’hui encore, en fermant les yeux, je sens l’odeur de la colle blanche qui fixait chacune des pâtes. Mes petits doigts en étaient imprégnés. Xavier, mon meilleur copain de classe, regardait l’évolution de mon travail.
Concentré, j’avais eu des difficultés en composant la chevelure, heureusement, les courbes des coquillettes facilitait le travail.
Vendredi, trop impatient, je m’étais précipité vers ma mère dés la sortie de la classe, l’offrande en main. La réaction de l’intéressée a été à la hauteur de mes espérances. Très rapidement, je captais l’émotion de l’instant. Je n’oublierai jamais les conséquences de mon premier travail artistique : un baiser de ma mère.

Landscapes

Au début de ces gribouillages, j’ai commencé à dessiner des petits paysages. J’avais aussi envie de gribouiller des êtres humains. Visage, corps…puis avec ce confinement, j’ai constaté un truc bête. La nature est belle sans l’être humain. Depuis le confinement, l’eau de Venise est plus claire, on entend distinctement les bruits des oiseaux. La pollution se réduit…Bref je vais plutôt me concentrer sur les paysages.

Bonsoir tout le monde !

Coronavirus, confinement, on doit limiter au maximum les déplacements. Il me fallait un nouveau petit projet pour me changer les idées.
En farfouillant dans mes cartons, j’ai retrouvé un carnet avec des illustrations.

Ce carnet date d’environ une dizaine d’années et j’ai eu soudainement envie de reprendre cette série. Expérimenter ces petits paysages. Les approfondir et pourquoi pas faire évoluer ces petits dessins.

Cela sera peut être un projet éphémère, le temps d’un confinement…je vais prendre beaucoup de plaisir à gribouiller.